Qui pense au devenir des antibiotiques ou des anti-cancéreux absorbés?
Si certaines molécules sont dégradées par notre organisme, d’autres sont éliminées dans nos urines sans être totalement modifiées. Ces dernières se retrouvent donc dans les égouts.
Or les systèmes de Dépollution de l'eau n’ont pas été conçus pour éliminer les substances médicamenteuses.
ACTE 1: GRANDE-BRETAGNE, 2003
En 2003, l'Agence de l'Environnement Britannique souhaitait enquêter sur la présence dans les eaux de plusieurs produits pharmaceutiques, dont la Fluoxetine (commercialisée sous la dénomination Prozac).
Ne possédant aucune méthode analytique appropriée, elle se repose sur les données du Groupe Pharmaceutique Lilly US et de l'Agence Américaine de Protection de l'Environnement (EPA):
- Environ 33% de la Fluoxétine se retrouvent dans l'urine, la consommation annuelle étant de 4 tonnes;
- Les usines de fabrication et les établissements médicaux en rejettent également;
- La molécule de Fluoxétine se dégrade très mal dans l'environnement;
- Dans certaines rivières des Etats-Unis et du Canada, on la retrouve à des concentrations allant de 0,01 à 0,05µg/l;
- Des taux de 0,1 µg/l ont été enregistrés dans des Stations d'Épuration Canadiennes;
- À Tromso (Norvège), aucune trace de Fluoxetine n'a été détectée
Même si l'Agence de l'environnement britannique estime que la vie aquatique n'est pas menacée à court terme, les effets à long terme, notamment sur la reproduction et la croissance, ne sont pas encore clarifiés.
Les pouvoirs publics britanniques demandent donc des travaux aux industriels.
En AOUT 2004, le magazine Sunday's Observer lance la polémique...
ACTE 2: ALLEMAGNE, 2003
Une étude menée par le CEFIC, l’Organisme Européen représentant l’Industrie Chimique, concernant 63 substances médicamenteuses représentatives des classes thérapeutiques les plus largement utilisées, indique que pour 90% des substances testées, boire deux litres l'eau potable pendant 70 ans équivaut à être exposé à moins de 0,2 dose thérapeutique.
ACTE 3: DECEMBRE 2005
Selon une étude parue dans la Revue Scientifique Environmental science and technology, le Paracétamol (ou Acétaminophène) pourrait se transformer en produit toxique, lorsque les usines de traitement des eaux usées utilisent le procédé de Javellisation.
Une première molécule (1,4-benzoquinone) est suspectée d'être Génotoxique et Mutagène, tandis qu'une seconde (N-acétyl-p-benzoquinone imine =Napqi) est Toxique pour le Foie. Néanmois, il n'est pas certain qu'elles soient persistantes dans l'environnement.
Des recherches supplémentaires doivent être conduites pour savoir quelle est la concentration de ces substances à la sortie des eaux usées.
ACTE 4: FRANCE, 2006
La Direction Générale de la Santé s'est enfin attaquée au problème:
- L'Agence Française de la Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa) est chargé de faire une synthèse scientifique sur les études concernant les résidus médicamenteux dans l'environnement.
- Les Agences de l'eau évalue la présence de médicaments dans les ressources en eau, dans le cadre de l'action 11 du Plan national Santé Environnement (PNSE).
A leur arrivée en Station d’Épuration (Step), les molécules médicamenteuses empruntent chacune un chemin différent en fonction de leurs caractéristiques chimiques (Volatilité, Affinité pour l’eau, Biodégradabilité…).
Par exemple, l’Ibuprofen passe à travers les Step et se retrouve à environ 0,07 microgramme par litre dans l’eau de sortie, le Diclofenac y est retenu.
Après rejet dans les rivières, les substances sont diluées dans de grandes quantités d’eau.
La plupart des médicaments sont présents à très faibles doses (quelques ng/l) dans les eaux douces de surface, soit 100 à 1.000 fois plus bas que ceux fixés par les normes concernant les pesticides, et ce avant même le passage par l'usine d'eau potable.
Si elles parviennent à l’usine d’eau potable, les opérations de Floculation, Précipitation, Oxydation à l’Ozone et Fixation sur charbon actif les retiennent. Au bout du compte, le constat est rassurant dans notre pays où les Step et usines d’eau potable sont bien équipées et constituent des barrières efficaces contre les substances polluantes.
Cependant, tout n’est pas si simple, car les chercheurs n’ont pas encore conclu à l’absence de risque.
De plus, les nouvelles molécules produites grâce aux nanotechnologies ont une solubilité augmentée, ce qui pourrait rendre le dosage dans l'eau plus délicat et le temps de persistance dans l'environnement prolongé.
Il faudrait déterminer quelles molécules résistant le plus aux Traitements de l’eau et surtout, instaurer un véritable programme toxico-pharmacologique permettant une analyse des risques.
«Le traitement de l’eau par membrane nécessite une dépense importante en énergie. Il conviendrait donc, dans un souci de développement durable, de ne l’appliquer que pour les eaux à risque»