Extrait de: Le Soldat Chamane de Robin HOBB
Le passage suivant n'est ni caractéristique du style de Robin HOBB, ni représentatif de l'intrigue développée.
Par contre, il a fait vibrer ma sensibilité écologique: je m'y suis vue! J'aurais pu crier à l'injustice...
Volume 1: La Déchirure
Chapitre 7: Voyage
Quand je sortis, un spectacle inconcevable s'offrit à moi. Un brouillard de fumée réduisait l'éclat du jour; sur bâbord, toute vie avait disparu du bas d'une colline; on avait coupé tous les arbres de taille exploitable, les souches ressortaient, claires et déchiquetées, sur la terre lacérée, tandis que les baliveaux et les buissons restants gisaient écrasés, enfoncés dans la boue par les géants abattus et traînés jusqu'au fleuve. De la fumée montait de tas de branche au cœur desquels le feu brillait d'un rouge terne. Le tableau qu'offrait le versant m'évoqua le cadavre d'un animal envahi d'asticots. Les hommes grouillaient partout; certains tranchaient les branches des colosses déchus, des charretiers conduisaient les chevaux de trait attelés qui tiraient les troncs dénudés jusqu'à la berge; leurs passages répétés avaient creusé dans le flanc du coteau une profonde ornière que les dernières pluies avaient transformée en ruisseau, et l'eau qui en coulait se mêlait à celle du fleuve où ses volutes marron évoquaient du sang en train de coaguler. Des grumes ébranchées semblables à des ossements rongés gisaient empilées au bord de l'eau ou flottaient sur les hauts fonds; des hommes courraient de-ci, de-là sur les troncs flottants, armés de barres à mine, de chaînes et de cordes, et les arrimaient entre eux comme des radeaux grossiers. C'était un carnage, la profanation du corps d'un Dieu.